Tisseur

De laboureurs, les Prouvay sont devenus menuisier puis tisseur.

Colbert, un enfant de Reims, fils d´un riche drapier avait contribué, au XVIIème siècle, à la promotion de l´industrie textile.

Des milliers de métiers à tisser la laine fonctionnent du Nord à la Champagne ; plus à l´Est, on tisse le lin.

Ces tisserands travaillaient à domicile, à la campagne, et possédaient un peu de terres cultivables, un jardin potager et basse-cour, parfois une étable et une porcherie.

Les ouvriers des campagnes étaient plus heureux que ceux des villes.

On assistait même à une émigration des tisserands des villes vers la campagne. Cependant le commerce restait l´apanage des villes.

Les métiers à tisser à bras apparaissent dès le début du XVIIème siècle. En 1733, un Anglais, John Kay invente la navette volante, un perfectionnement de la navette apparue au début du siècle. Mais le perfectionnement majeur vient d´un Lyonnais, Joseph Marie Jacquard ; il met au point un mécanisme qui automatise le mouvement des lisses. Ce type de métier est surtout utilisé pour des motifs plus sophistiqués.

Dans le canton de Bourgogne, les tisseurs étaient essentiellement des sergers (ou sergiers). La serge est une étoffe de laine piquée ou croisée, fabriquée sur un métier.

L´Encyclopédie, ou Dictionnaire Raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers de Diderot et d´Alembert en donne cette définition :" Il y a des serges de différentes espèces, qui prennent leur nom de leurs différentes qualités, ou des endroits dans lesquels on les fabrique. Celle qui a le plus de réputation, est la serge de Londres; elle est maintenant très - estimée dans les pays étrangers, particulièrement en France, où l´on a établi avec beaucoup de succès une manufacture de cette espèce sous le titre de serge façon de Londres.

Quant à la laine, on choisit la plus longue pour la chaîne, & la plus courte pour la trame: avant que de faire usage de l´une & de l´autre, on doit premièrement la dégraisser, en la mettant dans une chaudière de liqueur, un peu plus que tiède, composée de trois quarts d´eau bien nette, & un quart d´urine; après qu´on l´y a laissée assez long - temps pour s´y dissoudre, & avoir ôté la graisse, &c. on la remue brusquement avec un bâton; on l´ôte ensuite de la liqueur; on la laisse égoutter, & après l´avoir lavée dans de l´eau courante, & séchée à l´ombre; on la bat avec des bâtons sur un râtelier de bois, pour en chasser l´ordure & la plus grosse poussière. Après quoi on l´épluche bien proprement avec les mains. Quand elle est ainsi prépatée, on la graisse ou on l´imbibe d´huile d´olive, & l´on peigne avec de grands peignes la partie la plus longue, destinée à la chaine; on la fait chauffer dans un petit fourneau pour cet usage pour la dégraisser une seconde fois, ou pour lui ôter son huile; on la met dans de l´eau de savon très - chaude; après l´en avoir retirée, on la tord, on la sèche & on la file au rouet. Quant à la laine la plus courte, dont on veut faire trame, on la carde seulement sur le genou, avec de petites cardes très - fines; on la file ensuite au rouet sans en ôter l´huile. Remarquez que le fil destiné à la chaîne doit être toujours beaucoup plus fin & plus retors que celui de la trame.

Quand la laine est filée, tant celle qui est pour la chaîne que celle qui est pour la trame, & que l´on a mis le fil en écheveaux, la laine destinée à la trame est mise sur des espolins (à moins qu´elle n´ait été filée dessus) proportionnés à la cavité ou à l´oeil de la navette; & sa laine, qui est pour la chaîne, est dévidée sur une espèce de bobines de bois, afin de la préparer à être employée: quand elle est montée, on lui donne de la consistance, c´est-à-dire, qu´on la rend ferme moyennant une espèce de colle, dont celle qui est réputée la meilleure, est faite de coupures de parchemin : quand elle est sèche, on la met sur le métier.

Quand elle est montée sur le métier, l´ouvrier élevant & abaissant les fils (que l´on passe à travers une canne ou un réseau), par le moyen de quatre pédales, situées dans la partie inférieure du métier, qu´il fait agir transversalement, également & alternativement l´une après l´autre, avec ses piés, à proportion que les fils sont élevés & abaissés, il jette la navette à travers d´un côté à l´autre; & à chaque fois qu´il jette la navette, & que le fil de la trame est croisé entre les fils de la chaîne, il le frappe avec le châssis, auquel est attachée la canne, à travers les dents de laquelle les fils de la chaîne sont placés, & il répète ce coup deux ou trois fois, ou même plus, jusqu´à ce qu´il juge que la croisure de la serge est suffisamment serrée; & ainsi de suite, jusqu´à ce que la chaîne soit entièrement remplie de la trame."

Toute la famille aide au tissage, l´épouse comme fileuse ou trameuse, les enfants pour préparer les navettes …

Au XIXème Siècle, de grandes filatures commencent à s´implanter mais le travail reste manuel.

Théodore Croutelle, industriel valenciennois installe deux filatures dans la région. Une à Reims près du pont Fléchambault au bord de la Vesle ; en février 1848 les ouvriers tisserands et fileurs à la main qui redoutent la concurrence des métiers mécaniques à vapeur y mettront le feu.

La deuxième à Pontgivard en 1825, sur le territoire d´Auménancourt, à la place d´un moulin à blé qu´il a fait détruire.
C´est une filature de lainé animé par un moteur hydraulique. De 1825 à 1835, il y a une trentaine de métiers janette de 60 broches chacun, remplacés en 1835 par des métiers mull-jenny de 160 à 240 broches. En 1855 est installée une machine à vapeur de 30 ch. En 1860 l´ usine comporte 9500 broches et 72 cardes.
Entre 1860 et 1870 la filature emploie environ 200 ouvriers.
En 1860 l´usine produit 200 tonnes de fils cardés. Entre 1850 et 1873 la filature est agrandie, tandis que des logements d´ouvriers, ainsi qu´une chapelle, sont construits. A la fin du 19e siècle, l´exploitation passe aux mains de Fabre et Cie, qui établit une couperie de poils de lapins et de lièvres, d´apprêtage et de lustrage de peaux pour fourrures. Détruite pendant la Première Guerre mondiale, cette usine est reconstruite vers 1920 et sert actuellement de résidence secondaire.

A pieds, jusqu´en 1889, mon arrière grand-père, Charles Prouvay, qui avait repris le métier de son père, portait ses pièces de drap jusqu´à Reims.

Ne pouvant pas rivaliser avec la filature, il abandonnera ce métier et émigrera dans les Ardennes.