Corroyeur

Le corroyeur est celui qui donne aux cuirs, en sortant des mains du tanneur, des façons qui, les rendant plus souples et plus lisses, les disposent aux ouvrages du sellier, du ceinturier, du bourrelier et autres ouvriers.
Les corroyeurs étaient une des quatre communautés qui préparaient les cuirs après le tannage. Les quatre communautés étaient les corroyeurs qui faisaient les cuirs blancs, les baudroyeurs qui travaillaient les cuirs de couleur, les cordouaniers qui ne travaillaient que les cordouans (cuir de chèvres) et les sueurs qui donnaient aux cuirs le suif et la graisse. Ces quatre communautés ont ensuite été réunies en une seule. Celle des corroyeurs.
Quand le corroyeur reçoit la peau tannée, il commence par l´humecter à plusieurs reprises : cette manœuvre s´appelle le défoncement. La peau est pliée de la tête à la queue puis frappée fortement, c´est le refoulement. On donne à la peau des refoulements dans tous les sens, ensuite on la déploie pour être écharnée ou drayée ; par cette opération, on enlève à la peau tout ce qui rester de chair après le travail de la tannerie.
La peau est ensuite tendue sur des baguettes et suspendue à l´air ; on appelle cela la mettre à l´essui ; après l´avoir de nouveau humectée et refoulée environ deux ou trois heures, la peau est remise à l´essui et séchée entièrement avant un dernier refoulement à sec.
Ensuite, on la corrompt. Ce travail s´exécute avec un instrument de bois nommé pommelle (8 à 11). Cet instrument est rempli de dentelures. La peau est placée sur un établi et l´ouvrier passe la pommelle en tous sens sur la peau en long et en large, de chair et de fleur.
Lorsque la peau a été tirée à la pommelle, on la met en suif. La peau est passée au dessus d´un feu de paille pour dilater les pores. On passe ensuite un gipon (5), lavette faite de morceaux de laine, imbibé de suif sur toutes les parties de la peau. Cette opération est renouvelée plusieurs fois. La peau est mise ensuite à tremper dans un tonneau d´eau froide pendant douze heures.
On la refoule ensuite pour en faire sortir toute l´eau. Ensuite on la crépit en passant la pommelle sur toute la surface côté chair puis rebroussée côté fleur. L´ouvrier passe ensuite l´étire (2), instrument de fer ou de cuivre, sur le côté fleur pour l´unir et l´étendre ; la peau est prête à recevoir le noir.
Le noir est composé de noix de galle et de ferilles qu´on fait chauffer dans de la bière aigre. Il est passé à l´aide d´une brosse jusqu´à ce que la couleur ait bien pris. On repasse l´étire afin que la peau soit bien unie et que le grain soit bien écrasé : alors on donne un second noir, le noir de soie, composé de noix de galle, de couperose et de gomme arabique. La peau est ensuite séchée.
On rebrousse la fleur avec une pommelle de liège, ce qui s´appelle corrompre des quatre quartiers et couper le grain. La peau est ensuite lustrée avec du suc d´épine-vinette ; cette opération s´appelle éclaircir. Quand la peau est lustrée, on lui donne le grain (espèces de gerçures).
Le noir n´est pas la seule couleur que les corroyeurs donnent aux peaux, ils en fabriquent en jaune, en rouge et en vert.